L’écriture inclusive, on en entend beaucoup parler, mais c’est quoi exactement ?
Pas de panique, c’est plus simple qu’il n’y paraît. Ce guide vous explique sa définition, ses règles et les débats qu’elle soulève, sans jargon.
Qu’est-ce que l’écriture inclusive ?
L’écriture inclusive est un « ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les hommes et les femmes« . C’est la définition officielle. Concrètement, c’est une manière d’écrire qui cherche à rendre les femmes et les personnes non-binaires aussi visibles que les hommes dans la langue.
Son objectif principal est de lutter contre les stéréotypes de genre. Elle part du principe que la règle du « masculin qui l’emporte » n’est pas neutre et invisibilise une partie de la population. L’idée est donc de démasculiniser la langue pour qu’elle représente tout le monde.
On parle aussi de langage non sexiste, épicène, égalitaire ou dégenré. Ce sont des termes qui désignent la même démarche générale, même s’il existe des nuances entre eux.
Les grands principes et techniques de l’écriture inclusive
Pour appliquer l’écriture inclusive, il existe plusieurs outils. Certains sont simples et déjà bien installés dans l’usage, d’autres sont plus expérimentaux et font débat. Voici les principales techniques, des plus courantes aux plus spécifiques.
La féminisation des métiers, titres et fonctions
C’est sans doute le principe le plus connu et le plus accepté. Il s’agit simplement d’accorder les noms de métiers, titres ou fonctions au féminin. Pendant longtemps, certains titres n’existaient qu’au masculin, même quand une femme occupait le poste. La féminisation corrige ça.
Voici quelques exemples courants :
- la directrice (plutôt que « Madame le directeur »)
- la ministre
- l’auteure ou l’autrice
- la professeure
- une écrivaine
- une agente
Cette forme est encouragée par des institutions comme l’Office québécois de la langue française et est de plus en plus présente dans la vie de tous les jours.
La double flexion pour mentionner les deux genres
La double flexion, ou doublet, consiste à mentionner explicitement la forme masculine et la forme féminine. L’objectif est simple : nommer tout le monde pour que personne ne se sente exclu. C’est une technique très claire qui évite toute ambiguïté.
On l’utilise souvent dans les discours ou les textes officiels :
- « Les candidates et les candidats sont invités à se présenter. »
- « Elles et ils sont partis en vacances. »
- « Chères Françaises, chers Français. »
- « Travailleuses, travailleurs, nous vous écoutons. »
Le principal inconvénient est que cette forme allonge les phrases. C’est pourquoi d’autres techniques, comme les formes contractées, ont été proposées.
L’usage de termes épicènes et de formules englobantes
Une autre solution est d’utiliser des mots dont la forme ne change pas au masculin et au féminin. Ce sont les mots épicènes. La langue française en possède déjà beaucoup, et ils sont un moyen simple d’être inclusif sans complexifier la phrase.
Exemples de mots épicènes :
- les élèves
- les collègues
- les diplomates
- un ou une artiste
- une personne
On peut aussi utiliser des formules englobantes ou collectives. Il s’agit de remplacer un groupe de personnes genré par un terme plus général.
- « La population étudiante » plutôt que « les étudiants ».
- « Le corps enseignant » plutôt que « les enseignants ».
- « L’équipe de direction » plutôt que « les directeurs ».
Les formes contractées : le point médian et ses alternatives
C’est la partie la plus visible et la plus débattue de l’écriture inclusive. Les formes contractées permettent de réunir le masculin et le féminin en un seul mot. Le plus connu est le point médian (·), mais il existe d’autres signes.
Attention : L’utilisation de ces formes, notamment le point médian, est proscrite dans les textes officiels du gouvernement français depuis une circulaire de 2017. Leur usage est donc réservé à des contextes non administratifs.
Voici les différentes options graphiques :
- Le point médian : les artisan·e·s, les délégué·e·s, il est motivé·e.
- Les parenthèses : un(e) client(e), les étudiant(e)s. C’est une forme ancienne, souvent critiquée car les parenthèses peuvent suggérer que le féminin est une option.
- Le trait d’union : les électeur-rice-s, les musicien-ne-s.
- La barre oblique : le/la responsable.
- Le point simple : les expert.e.s, les musicien.ne.s.
- La majuscule finale : les motivéEs. (Plus rare)
Le point médian est souvent préféré par les personnes qui utilisent ces formes car il est considéré comme plus neutre et équilibré visuellement.
Les règles d’accord alternatives : proximité et majorité
La règle de base en français est que « le masculin l’emporte sur le féminin ». L’écriture inclusive propose des alternatives pour l’accord des adjectifs quand un groupe est mixte.
Deux règles principales existent :
- L’accord de proximité : L’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le mot le plus proche. C’est une ancienne règle du français qui a existé pendant des siècles avant d’être remplacée.
- Exemple : « Ces trois jours et ces trois nuits entières. » (entières s’accorde avec nuits)
- Exemple : « Les hommes et les femmes sont belles. » (belles s’accorde avec femmes)
- L’accord de majorité (ou au nombre) : L’adjectif s’accorde avec le genre le plus représenté dans le groupe. Si un groupe est composé de trois femmes et un homme, l’accord se fait au féminin pluriel.
- Exemple : « Tes filles et ton garçon sont belles. »
Ces règles d’accord sont moins répandues que la féminisation ou les termes épicènes et relèvent d’un usage plus militant.
Le remplacement des expressions genrées
Le dernier principe est de remplacer des expressions qui utilisent un masculin présenté comme universel. L’exemple le plus célèbre est celui des « droits de l’Homme ».
- On préférera « les droits humains » à « les droits de l’Homme » pour inclure explicitement les femmes.
L’idée est d’examiner le langage pour identifier les expressions qui, par habitude, privilégient le masculin et de leur trouver des alternatives plus neutres.
Le débat autour de l’écriture inclusive : arguments et controverses
L’écriture inclusive ne laisse personne indifférent. Elle suscite de vifs débats, avec des arguments solides de chaque côté. Il est nécessaire de connaître les deux points de vue pour comprendre l’enjeu.
Les arguments en faveur d’un langage plus égalitaire
Les partisans de l’écriture inclusive s’appuient sur des arguments historiques, sociaux et linguistiques.
- Argument historique : La règle « le masculin l’emporte sur le féminin » n’a pas toujours existé. C’est une construction du XVIIe siècle, promue par des grammairiens qui justifiaient ce choix par la « noblesse » du genre masculin. Avant cela, l’accord de proximité était courant.
- Argument social : Le langage influence notre manière de penser et de voir le monde. En rendant les femmes invisibles, la langue renforcerait les stéréotypes sexistes et l’idée que le masculin est la norme. Rendre le langage plus égalitaire serait donc un outil pour faire avancer l’égalité dans la société.
- Argument linguistique : Des études montrent que le masculin dit « générique » n’est pas perçu comme neutre. Quand on lit « les ingénieurs », la plupart des gens imaginent majoritairement des hommes. L’utilisation de formes inclusives permettrait donc de susciter des représentations mentales plus équilibrées.
Les critiques et les freins à son adoption
Les opposants à l’écriture inclusive soulèvent plusieurs problèmes, notamment sur la complexité et l’accessibilité de la langue.
- Position de l’Académie française : L’institution a qualifié l’écriture inclusive de « péril mortel » pour la langue française, estimant qu’elle la rendait illisible et trop complexe.
- Complexification de l’apprentissage : Une des critiques les plus fréquentes est que l’écriture inclusive complique l’apprentissage du français, déjà réputé difficile, notamment pour les enfants ou les personnes apprenant la langue.
- Problèmes d’accessibilité : Le point médian et les autres formes contractées posent de sérieux problèmes aux logiciels de synthèse vocale utilisés par les personnes aveugles ou malvoyantes, qui ne savent pas comment lire ces mots. Cela peut aussi être un obstacle pour certaines personnes dyslexiques.
- Principe du moindre effort : En linguistique, les langues ont tendance à évoluer vers plus de simplicité. L’écriture inclusive, en ajoutant des règles et des graphies, irait à l’encontre de ce principe naturel d’économie.
- Confusion des genres : Certains estiment qu’il ne faut pas mélanger le genre grammatical (masculin/féminin pour les mots), le genre social (la construction sociale de l’identité) et le sexe biologique. Pour eux, le masculin grammatical est un neutre qui n’a pas de portée idéologique.
Au-delà du binaire : langage inclusif et personnes non-binaires
Le débat sur l’écriture inclusive s’est récemment élargi pour inclure les personnes non-binaires, c’est-à-dire celles qui ne s’identifient ni comme homme, ni comme femme. Pour ces personnes, les formes binaires (masculin/féminin) ne suffisent pas. Des solutions linguistiques, appelées néologismes, ont donc été créées.
Les néopronoms : « iel » et autres alternatives
Un néopronom est un pronom personnel créé pour désigner des personnes sans utiliser le « il » ou le « elle ». Le plus connu et le plus utilisé est le pronom « iel » (contraction de il et elle), qui est même entré dans le dictionnaire Le Robert en 2021.
Exemple avec « iel » :
« Iel est venu·e hier. Je vais parler avec iel. » L’accord de l’adjectif ou du participe passé se fait souvent avec un point médian.
Mais il existe de nombreuses autres propositions de pronoms neutres :
- iel
- yel
- ielle
- ille
- ul / ol
- ael / æl / al
L’usage de ces pronoms est encore minoritaire et principalement utilisé au sein des communautés concernées, mais il marque une volonté d’adapter la langue à toutes les identités de genre.
Panorama des néologismes (articles, possessifs, etc.)
Au-delà des pronoms personnels, d’autres mots ont été proposés pour créer une forme neutre en français. Ces néologismes sont très variés et il n’existe pas encore de norme établie.
Voici quelques exemples des formes que l’on peut rencontrer :
- Pronoms toniques (équivalents de lui/elle) : ellui, elleux.
- Articles définis (le/la) : lae, lu, li, lea.
- Articles indéfinis (un/une) : un·e, um, an.
- Adjectifs possessifs (mon/ma) : mo/to/so, maon/taon/saon.
- Pronoms démonstratifs (celui/celle) : cellui, celleux, ceuses.
- Pronoms totalisants (tous/toutes) : toustes, touz.
Ces formes représentent un champ d’expérimentation linguistique. Elles montrent comment la langue peut être un outil en constante évolution pour refléter les changements de la société.
Position des institutions et usage dans la francophonie
Les instances de régulation de la langue française n’ont pas toutes la même position sur l’écriture inclusive. Leur avis varie beaucoup selon les techniques envisagées.
- L’Académie française : Elle a une position très critique, surtout envers le point médian. Elle est cependant plus ouverte sur la féminisation des métiers, qu’elle a fini par accepter.
- Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) : Cet organisme français recommande l’usage d’un langage égalitaire. Il encourage la féminisation, la double flexion et l’usage de termes épicènes.
- Le gouvernement français : La circulaire de 2017 clarifie la position pour les textes administratifs. Elle encourage la féminisation des titres mais interdit l’usage du point médian et des formes contractées pour des raisons de lisibilité et d’intelligibilité.
- L’Office québécois de la langue française (OQLF) : Au Québec, l’approche est pragmatique. L’OQLF promeut activement la féminisation et l’utilisation de termes épicènes et de doublets, mais déconseille l’usage du point médian, jugé non conforme aux règles d’écriture du français.
On voit donc un consensus se dégager sur la féminisation, tandis que le débat reste très vif concernant les formes contractées comme le point médian.
L’écriture inclusive est donc un ensemble d’outils variés. Certains, comme la féminisation des métiers, sont de plus en plus intégrés à l’usage courant. D’autres, comme le point médian ou les néopronoms, restent l’objet de discussions. Ce débat montre surtout que la langue n’est pas figée. Elle évolue et reflète les questions qui traversent notre société, notamment celle de l’égalité.
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